11/05/2010
Lettre d'une inconnue, de Stefan Zweig
Un amour inconditionnel, bouleversant, poignant. Le total abandon d'une femme en devenir qui se construit autour d'un amour à sens unique, qui s'oublie et se perd dans sa passion pour un homme qui toujours la redécouvre, et jamais ne la reconnait.
Zweig nous offre une nouvelle d'une grande intensité, dans une écriture simple et précise, épurée, comme pour mieux nous faire saisir l'essence de ce drame dont l'empreinte émotionnelle reste figée en nous après lecture.
Très belle préface d'Elza Zylberstein, que je ne peux m'empêcher de citer :
"Ne pas se reconnaitre soi-même, nous amène à ne pas être reconnu".
19:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lettre d'une inconnue, zweig, amour, passion, force
30/04/2010
BABELIO : connectons nos bibliothèques
Babelio est un site que tous les amateurs de lecture apprécieront ! Un support pour partager, découvrir, passionner, échanger autour des livres. Je vous invite à aller y faire un tour :
20:25 Publié dans PROPOLIS - des liens, à suivre ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : babelio, livres, bibliotheque en ligne, idées de lecture
11/04/2010
"Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde", de Steven Hall
"Si tu lis ceci, je ne suis plus de ce monde. Prends le téléphone et compose le 1. Dis à la femme qui répondra que tu es Eric Sanderson. La femme est le docteur Randle. Elle comprendra ce qui s'est passé et elle sera en mesure de te recevoir immédiatement. [...]
Avec regret et espoir aussi,
le premier Eric Sanderson."
Eric Sanderson se réveille amnésique. Tentant de retrouver la mémoire de ses souvenirs, il est aidé par une série de lettres envoyées à son attention par le "premier" Eric Sanderson. Selon celui-ci, un requin conceptuel nageant dans les eaux troubles de la pensée se nourrirait de ses souvenirs, et serait à sa poursuite... Seul Trey Fidourous, un docteur du langage, serait en mesure de l'aider.
Commence alors une quête aux allures de jeu de piste, au cours de laquelle Eric fera la connaissance de Scout, une jeune femme atypique. Un monde parallèle les attend, échappé du temps et de l'espace ordinaires.

Le premier roman d'un jeune auteur britannique très prometteur! Steven Hall nous embarque dans son intrigue bien ficelée, soutenue par un style sans faille qui est un vrai régal à la lecture.
Les adeptes de Matrix verront certainement un petit clin d'oeil de l'auteur à la trilogie... à commencer par le nom du héros, "Sanderson", qui n'est pas sans évoquer le fameux "Anderson", Néo.
Mais le récit évoque aussi des sources plus lointaines, comme le mythe grec d'Orphée et d'Euridice... à vous de découvrir pourquoi!
Au delà de ces références, on est emporté dans un univers quasi métaphysique, qui soulève des questionnements sans fin sur la mémoire, l'identité, et la possiblité de leur existence hors de l'espace et du temps que nous connaissons. La notion de concept est très importante ici: la pensée peut-elle avoir une existence propre?
A la lecture de ce récit qui navique entre fantastique, thriller, quête initiatique et philosophique, j'ai souvent pensé à ces jeux que nous vivions enfants, remplis de cette imagination débordante qui faisait de nous des rois du concept, sans que nous ayons le moindre effort à fournir.
J'ai eu l'occasion de lire plusieurs critiques de ce roman, et il semble que certains avis soient partagés. Je me dis que peut-être, pour en apprécier la lecture, il faut avoir gardé un minimum de son âme d'enfant...
Pour ma part, j'ai trouvé cette histoire entraînante et novatrice, une perle inattendue au milieu de mes lectures.
A noter : le titre français du roman est tiré d'un vers de Baudelaire, dans son recueil Les Fleurs du Mal. Autant se faire plaisir jusqu'au bout et redécouvrir le poème en question, "La mort joyeuse":
"Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
O vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s'il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !"
13:27 Publié dans POLLEN - lectures et commentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman, et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde, steven hall
22/02/2010
"Eldorado", de Laurent Gaudé
Le commandant Piracci navigue depuis 20 ans au large des côtes italiennes, afin d'intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Jusqu'au jour où sa route croise à nouveau celle d'une femme, trouvée autrefois sur un de ces bateaux. Rencontre qui va remettre en cause sa profession, bouleverser ses acquis, et va le conduire à un changement radical, extrême, incroyable.
Au même moment, Souleimane, un jeune soudanais, s'apprête à entreprendre le dangereux voyage vers le continent de leurs rêves, l'Eldorado européen... Voyage qui va le transformer, l'endurcir, jusqu'à changer sa nature.
Une fois de plus, Laurent Gaudé nous régale d'un récit juste, fort, où les souffrances sont exprimées avec pudeur. De migrations géographiques en voyages intérieurs, on touche à la nature humaine, presque inhumaine tant les combats sont éprouvants, éprouvés avec courage et dignité.
Du même auteur, "Le Soleil des Scorta" nous porte vers les contrées italiennes que côtoient plusieurs générations d'une même famille. Et toujours cette écriture emplie de poésie, qui nous fait sentir l'odeur salée et humide de la mer, et qui nous embarque dans la profondeur des personnages.
Un auteur à suivre, incontestablement. Vous ne le regretterez pas, non : vous en serez même ravis.
21:11 Publié dans POLLEN - lectures et commentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : edorado, laurent, gaudé, migration, emigrants clandestins
22/01/2010
Apparences
La colline s'étend face à elle, dans la douceur de ses formes féminines, telle une mer agitée qui se serait figée dans la plénitude d'un espace intemporel. Caroline sent le vent tiède qui glisse sur sa peau comme une caresse et lisse son visage. Ce visage qu'elle a scruté dans la glace ce matin jusqu'à découvrir, victorieuse et angoissée, une petite ride, juste là, lovée dans l'arrondi de son front. Et face à ce paysage immuable ce qu'elle recherche c'est ce qui ne change pas justement, ce qui reste sans surprise et par là même sans « mauvaise » surprise... Elle ne ressent que davantage le temps qui passe et qui la fait vieillir, ce contraste flagrant entre l'éternelle et rassurante jeunesse de l'univers et l'éphémère passage de sa propre existence, comme un compte à rebours qui la rapproche sans cesse de la fin, de sa fin... le sablier retourné depuis sa naissance. Où en est-il de son écoulement ? Ca va plus vite depuis quelques temps, non ?
Cette petite ride qui prend une importance disproportionnée, qui devient gouffre, déchirement, Vallée du Rift séparant l'éclat flamboyant de la jeunesse dans sa profusion de vert et d'espoir, de la sécheresse inéluctable qui accompagne l'absence de vie et de renouvellement. Aussi aride que sa peau élimée par le vent, où est apparue ce matin, la petite ride.
Caroline cherche à percer le mystère de l'éternelle jeunesse dans la peinture champêtre qu'elle a devant les yeux. Elle écoute le murmure de la brise, ronronnement rassurant, et le bourdonnement chantant des insectes voltigeant autour d'elle dans un désordre apparent mais en réalité tout à fait rangé. Elle laisse les couleurs imprégner de leur touche impressionniste la rétine de ses yeux et se réjouit de cette palette arc-en-ciel qui façonne formes et paysages. Elle avance doucement entre les feuillages printaniers qui se bousculent le long de ses cuisses, qui la picotent, l'accrochent et l'écorchent sans ménagement. Sa main prend le temps de palper les matières, douces et fines, ou bien veloutées, rugueuses. Le secret est là, quelque part, elle le pressent, le sent, en conçoit la présence immatérielle sans parvenir à le saisir.
Les souvenirs la rattrapent et la submergent, elle est déjà venue ici, il y a longtemps... Une fillette innocente gambadant dans les collines, sans effort ; forte de sa légèreté enfantine. Ses cousins courant derrière elle et elle courant aussi, peut-être déjà pour rattraper le temps perdu ? Ses jupettes de môme laissait voir ses genoux écorchés, témoignages de tous les dangers qu'elle avait bravé, de toutes ses chutes alors même qu'elle se sentait invincible... C'est à cette époque qu'elle a appris les senteurs du romarin et de la lavande, époque lointaine où elle débusquait les grillons dans leur cachette souterraine, à l'aide d'une petite branche ou d'une herbe haute. Les cigales n'avaient pas de secrets pour elle et aujourd'hui elle les entend encore, comme un murmure incessant, qu'est-ce qu'elle ont bien a se raconter ces chipies pour ne jamais s'arrêter ? Tant de délices pour les sens, jusqu'à saturation, et tant de calme dans son être.
La voiture est restée loin derrière, avec son mari qui l'attend patiemment, depuis quand est-elle là ? Elle n'entend plus le ronron de la circulation, tout juste celui des abeilles qui butinent de fleur en fleur, tout comme les invités qui tout à l'heure iront de plats en plat déguster le buffet après la cérémonie à laquelle elle est conviée.
Elle ne peut décemment pas arriver avec cet affreux sillon sur son visage ! Mais que faire ? Si elle avait pris soin de sa peau ça ne serait jamais arrivé, à vouloir fermer les yeux et s'imaginer éternelle on finit tout de même par payer le tribu de la vie, l'impôt céleste qui rappelle à l'ordre des choses.
Il doit être tard à présent, le soleil est déjà haut le ciel, inondant de ses rayons les collines verdoyantes et réchauffant le vent.
Caroline est soucieuse. Il va bien falloir faire quelque chose tout de même ! Elle se sent en flagrant délit de vieillesse, sentant que les autres convives feront des yeux tout ronds en l'apercevant, comme si elle avait oublié de s'habiller. Ils seront trop contents d'avoir un sujet dont parler, trop contents que les rumeurs ne soient pas centrées sur eux !
- - Tu as vu Caroline, elle a pris un sacré coup de vieux!
- - La pauvre, le soucis l'achèvera!
- - C'est ça de mener une vie dissolue, regarde sa tête!
- - On a le même âge mais dieu soit loué, le temps n'a pas fait les mêmes ravages sur moi.
- - Oui, c'est ça, elle est ravagée, ha ha!
Caroline remonte doucement la pente, on pourrait croire qu'elle avance à reculons, c'est certain : la motivation n'est pas sa compagne de route !
Elle cherche une solution, la nature est apaisante, certes, mais tellement différente des convenances de la société. La nature se moque bien qu'elle soit vieille et elle se garde bien de lui révéler ses secrets. D'ailleurs pourquoi à Caroline et pas aux autres ? Non, la réponse n'est pas ici. Elle est trop loin des préoccupations mondaines ici...
Son pas lent ramène Caroline telle un escargot vers la voiture, elle aperçoit déjà François trépignant à côté de la portière, regardant sa montre comme la septième merveille du monde, preuve à l'appui que oui, ils sont en retard, et à qui la faute ? Mais elle ne prête aucune attention à sa tension, elle n'entend aucune remontrance, observe juste dans un brouillard de pensées intérieures, les lèvres de François, les bras de François, les cheveux de François, qui s'agitent dans un non-sens absolu... Le chant des cigales ne l'a pas encore quittée, et elle peut refermer la portière du côté passager, toujours bercée par la comptine gracieuse de sa Provence natale, ses sens reposant dans une plénitude des plus totales.
Vaincu, François se remet au volant et démarre, furieux.
Les pointillés blancs se succèdent sur la route, comme tant de rides à venir, et Caroline entend peu à peu, malgré elle, les sermons de son conjoint qui se font une place dans la sérénité de ses pensées.
Ça devient insupportable cette tension qui grimpe et grimpe dans son esprit, lui serre cœur comme un aigle enserre sa proie, jusqu'à l'étouffer. LA préoccupation reprend sa place. Elle était arrivée à la contenir, à la rapetisser comme de la pâte à modeler qu'on écrase... Non, elle ne peut décemment pas rester comme ça... Le temps presse et avant qu'une congénère vienne tenir compagnie à la première, il faut trouver une solution pour anéantir la ride.
C'est alors qu'elle perçoit, presque instinctivement, les contours d'une grande enseigne dont les formes se précisent davantage à chaque tour de roue. OUI, victoire ! Carrouf apparaît dans toute sa splendeur, miracle du progrès qui va lui apporter la solution. Prétextant soudain l'achat urgentissime de serviettes hygiéniques (elle vieillit, certes, mais n'est tout de même pas encore ménopausée !), elle parvient à faire stopper net la voiture dans sa course vers les commérages familiaux et se rue dans le magasin, son sauveur.
François dans les pattes car il veut être sûr que sa femme ne les retardera pas davantage, Caroline prend du retard car elle doit tout d'abord faire semblant d'acheter des protections féminines. Elle en prend au hasard, le coup d'œil déjà envoyé vers le rayon d'à côté. Profitant d'une inattention provisoire de François, elle esquive, se cache derrière des tubes de dentifrices en promotion et rejoint rapidement le rayon des gels douches et des crèmes pour revenir ensuite à sa place initiale sans s'être fait repérée.
- - Il faut que j'aille au toilettes maintenant, je te rejoindrais à la voiture.
Mais non, François la suit à la caisse, puis dans la galerie marchande surpeuplée de toutes ces femmes en quête de jeunesse éternelle pour qui les courses alimentaires ne sont qu'une bonne excuse pour satisfaire leur coquetterie, et se poste devant la porte des toilettes, laissant, enfin !, Caroline faire ce qu'elle a à faire.
C'est le regard triomphant que celle-ci pénètre dans l'enclos puant de sa quiétude retrouvée. Caroline se poste devant la glace, un petit sourire aux lèvres, et regarde d'un air dédaigneux la petite ridule qu'elle a surprise ce matin, la Vallée du Rift qui pourra reprendre sa place originelle car Caroline a trouvé LA solution.
Elle sort de son sac, l'article qu'elle a volé dans le supermarché, un simple pot de crème sur lequel est inscrit en gros, très gros, si gros qu'on ne peut pas le manquer : « ANTI-RIDES ».
18:20 Publié dans MIEL - nouvelles et textes courts de TheBee | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, apparence, vieillissement, société, paraitre, nature, artifices, retrouvailles
12/01/2010
Le pauvre et la bille
Il ne lui reste qu'elle
S'il la perd, il est perdu
C'est qu'elle est vraiment belle
Elle illumine la paume de sa main nue
Il ne se décide pas à la jouer
Mais autour de lui, les autres enfants, déchaînés,
L'encouragent, le poussent à tout risquer
Son cœur bat vite : et s'il la perdait ?
Dans un mouvement hésitant
Il la lance délicatement
Elle, bondit en arc dans le ciel
Et retombe dans la poussière du sol
Son compagnon de misère la regarde une dernière fois
Il n'entend plus que son cœur en désarroi
Pauvre parmi les riches, des larmes tombent de ses cils
Il a perdu sa dernière bille.
12:28 Publié dans GELEE ROYALE - poèmes de TheBee | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème, perte, pauvre, espoir
07/01/2010
Tam-tam
Tam-tam qui tape dans mon corps
Tam-tam troublant tendu de fils d'or
Tu tambourines tellement fort
Que dans ma tête ton refrain toujours résonne
Tam-tam au rythme impétueux
Tu es mon cœur de feu
Qui brûle tant qu'il peut
Mais même dans tes flammes je frissonne
Tam-tam tremblant avec véhémence
Tam-tam qui taquine mes sens
Tu es témoin de mon espérance
Tam-tam tu es mon cœur qui à lui se donne
16:00 Publié dans GELEE ROYALE - poèmes de TheBee | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème, tam-tam, amour
04/01/2010
Les amours contrariés de Max et Susie
Le soleil se réveille derrière l'horizon. Dans son élan matinal, il bouscule tendrement la brume, assoupie sur le bitume de la rue des Mimosas, qui, elle, n'a pas le réveil facile. Elle s'étire, puis se rendort, et, dans la demi-obscurité, donne au quartier les airs lugubres qui la bercent. Les maisons, alignées comme autant de fantômes grisonnants, attendent, patientes et immobiles, un peu d'animation. Et justement un chat passe par là, mais ne s'attarde pas. Il file comme un voleur vers quelque abri chaleureux, effrayé par son propre miaulement, qui dans le silence, a sonné comme un cri de détresse. Un passant égaré pourrait croire l'endroit abandonné et ne se douterait point que derrière le crépi des maisons, la vie est là, palpable, prometteuse. Elle s'active.
Levé avant tout le monde, Max s'agite, tel une abeille qui aurait perdu le sens le l'orientation. Il va d'une pièce à l'autre, créant des courants d'air, brassant des tas d'objets insolites, accaparant tout l'espace sans toutefois le saisir. Une manière comme une autre de commencer la journée.
Max, c'est l'ordre dans le désordre, l'esprit posé dans un corps sans cesse en mouvement. Il est l'incarnation des contraires, surtout de bon matin, lorsque les forces qui l'animent se disputent l'autorité. Max n'y prête pas attention. Il parvient, dans cette frénésie, à attraper un bout de pain, un reste de café, une paire de chaussette propre. Il s'en contente, en général.
Aujourd'hui il a passé un pantalon délavé et un tee-shirt blanc qui porte encore des marques de cambouis. Ses cheveux mènent bataille sur sa tête et sa barbe n'a pas été rasée depuis plusieurs jours. Cela lui donne un charme certain, dont il n'a pas conscience. Il se frotte les mains et souffle dessus pour les réchauffer. Les radiateurs sont éteints, on n'est qu'en octobre après tout. Max n'est pas frileux mais lorsqu'il ouvre la porte pour tester la température extérieure, il est saisi d'un frisson qui lui donne envie de retourner se faufiler sous la couette. Il pourrait se le permettre car il est bien en avance, mais d'une chose à l'autre il sait qu'il finira par être juste à l'heure. Il déniche un pull-over qu'il s'empresse d'enfiler pour venir à bout de la chair de poule qui lui picote les bras comme s'il marchait dans un champ de ronces. Le temps d'éteindre les lumières dans chaque pièce de la maisonnée et il se retrouve dehors. Le froid resserre les pores de sa peau et ravive les engelures qui strient ses mains rugueuses. Le voilà prêt.
Ou plutôt le voilà rêveur, observant les roses dont les pétales colorent le jardin. Avec l'automne toutes les fleurs ont fané mais les roses s'obstinent à défier l'éternité. Max rouvre la porte d'entrée et se met au défi de trouver des ciseaux dans le chaos ambiant. Il ressort quelques minutes plus tard et coupe un bouton de rose en pensant à Susie. Il devine déjà son sourire, c'est facile : Suzie sourit en permanence. Il faut bien avouer que travailler à ses côtés est très agréable. Il se réjouit, lui qui est si solitaire, de s'être fait une telle amie. Sa seule amie, précieuse. Celle à qui on offre un bouton de rose sans arrière-pensées.
Max remonte les gris pavés que l'herbe tente de prendre en otage et parvient au garage sombre et froid dans lequel il entrepose son vélo.
La rose calée entre ses dents, il a fière allure lorsqu'il débarque sur la chaussée. La brume s'attarde encore un peu, légère et langoureuse, filtrant les rayons du soleil levant et leur camaïeu orangé.
La rue des Mimosas est longue et soporifique, jonchée de dos-d'âne qui ne surprennent plus personne. Elle traverse la banlieue chic de la ville, où chacun a son jardin et son portillon privé. Les gens ici sont tous propriétaires, oscillant entre exubérance et fausse modestie. La voiture tape à l'œil, mais les enfants sont invisibles, planqués, frustrés sans doute de ne pouvoir fouler l'herbe du jardin.
Max habite tout au bout de la rue, dans une maison qui était là avant toutes les autres. Les champs qui l'entouraient jadis ont disparu mais elle a gardé un air champêtre. Max trouve qu'elle a de la personnalité. Celle de sa grand-mère peut-être, qui a fini sa vie ici. Elle appréciait que son petit-fils ne ressemble pas aux voisins. Ces voisins qui portent des costumes et s'étouffent avec leurs cravates, dont les chaussures claquent comme les talons d'une femme et les condamne à une démarche stricte, impersonnelle. Il faut se lever tôt pour arracher un sourire à ces hommes qui serrent des mains à longueur de journées. Chez eux tout est parfait, mesuré, minuté. Max observe la façon qu'ils ont tous de regarder l'heure en ouvrant la portière de leurs voitures. Lorsqu'il croise un regard, c'est un regard hautain, éteint. Max les dérange autant qu'une tâche de vin sur une chemise immaculée. Et il s'en fout. Il pédale dans la rue des Mimosas, les roues glissent sur le bitume, semble-t-il, sans effort. Au croisement, il rentre dans l'agitation de la ville en prenant à droite une avenue remplie de feux tricolores. En guise d'agitation à vrai dire il ne se passe pas encore grand-chose en cette heure fraiche et matinale. Des cigarettes fument sur les trottoirs et les voitures sont à la traîne. Max peut rouler au milieu de la voie de droite sans déranger personne. Quelques croisements et il arrive à destination, fait déraper les roues du vélo au bout du parking, face à la baie vitrée. De l'autre côté se trouve Susie la blonde qui prend aussitôt une moue dubitative en découvrant Max et ses mèches de cheveux lui zébrant le visage, une rose aux lèvres, se décomposant dans un rictus diaboliquement enjoué.
Tandis qu'il entre dans la boutique, prêt à tendre la fleur à Suzie avant d'aller enfiler sa tenue de travail, il surprend le regard pétillant et rempli d'espoir de son amie qui, le comprend-il enfin, n'en est pas vraiment une. Le rose qui s'incruste si joliment sur ses joues rondes laisse deviner que l'amitié a fait place à des sentiments plus ambigus. Max bafouille quelques mots maladroits en lui tendant le bouton qu'il a cueilli d'une main timide et tremblante. Il n'a pas vraiment le temps de s'étonner du trouble qui l'a saisi.
Deux hommes ivres, cagoulés, armés, pénètrent dans la boutique et surprennent nos deux amoureux.
16:58 Publié dans MIEL - nouvelles et textes courts de TheBee | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : premier amour, amours contrariés, classe
03/01/2010
"L'Hôtel New Hampshire", John Irving
Un petit régal !
Quelle famille originale, qui suit le père de rêve en rêve, qui s'adapte, qui souffre, qui s'amuse. John Berry nous raconte son enfance dans un roman à la fois grave et enjoué. On s'étonne de trouver autant d'humour à offrir quand tout pourrait être blues.
Ca déménage et on fait partie du voyage, des Etats-Unis à l'Autriche, on accompagne ces enfants ordinaires et extra-ordinaires, ce vieux Freud et ses ours incongrus, ces parents qui n'ont pas peur de prendre des risques. Et les clients des hôtels, qui ne sont pas moins saugrenus !
Un roman, comme une bouffée d'air frais.
19:51 Publié dans POLLEN - lectures et commentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Liam Haouët
Je suis mal placée pour être objective bien sûr, mais ça reste mon chouchou !
Quel plaisir de butiner ses petites histoires au fusain !
Alors je vous donne le tuyau :
19:37 Publié dans PROPOLIS - des liens, à suivre ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, textes courts

